dimanche 12 octobre 2008

Pomier, ch. 21-23, 25-27

Comme mes messages sont souvent TRÉS longs, je vais essayer de les faire un petit peu plus courts, mais je ne promets rien.

Est-il possible de ne pas parvenir à lire une bande dessinée?

Évidemment, de ce qu'on a dit, la BD a des codes qu'il faut connaître afin de les comprendre
complètement.

On fait référence à Lewis Trondheim, un strip duquel j'ai montré dans ce message; je l'ai trouvé tout à fait illisible à cause du rapport entre les cases, qui n'était pas du tout clair.

En général, oui, il faut être familier avec les codes. J'ai vu une évolution de cette sorte e
ntre les âges de quatorze et dix-neuf ans avec le film "West Side Story".



À l'époque, dans ma première année de lycée, j'ai vu ce film et, bien que j'aie déjà commencé à
analyser les symboles, je l'ai trouvé ennuyeux. Cinq ans plus tard, je l'ai regardé et, par exemple, dans les dix premiers seconds de ce clip, j'ai compris et apprécié beaucoup plus, peut-être même plus en dix seconds que pendant tout le premier visionnage. Cette évolution a forcément provenue de ma connaissance des codes de films et de la littérature, gagnée pendant des années de lecture et de regarder les films.

En quoi la question du point de vue est-elle cruciale?


Le point de vue est tellement variable que l'on pourrait en parler pour longtemps. Les exemples qui m'ont intéressé le plus étaient...


Les trois intrigues à la fois de Régis Franc dans Histoires immobiles et
récits inachevés. Ça arrive souvent dans le cinéma ou sur la télé, par exemple pour montrer les participants d'une conversation sur le téléphone. Amusez-vous bien avec le drame du soap américain.



On voit les trois personnages ici en temps réel, bien que l'un d'entre eux ne parle pas.



Il y a aussi les points de vue contradictoires; ici, dans le film "Shallow Hal", le personnage principal est hypnotisé, dès lors il voit la beauté « interne » des femmes et non leurs vrais représentations. On voit donc d'habitude ce qu'il voit, mais le caméra nous montre aussi parfois les points de vue des personnages « normaux », d'où la contradiction.



Il y a aussi l'idée de suspense qui existent à cause du point de vue, par exemple dans Blitz de Floc'h et Rivière. Ces "cliffhangers" créés par le point de vue - dans ce cas, on voit la femme qui s'inquiète et non ce qui l'inquiète - existent aussi dans les films {bien sûr}; voici mon exemplaire préféré {et amenez vos Kleenex}.



Quel rapport s'instaure entre texte et dessin?

Voici un exemplaire de La Terrasse des audiences de Théodore Poussin.

Le rapport ici entre le texte et l'image est très intéressant, parce que ceux qui parlent ne sont pas vus, et celui qui ne parle pas a {ou aura} un rôle important; comme dit Pomier, rien n'est superflu.

C'est comme la case de Koma où on voit la tasse de café, la cuillère, etc., qui nous disent que c'est le matin, sans un mot.

Les héros qui rejoignent le monde des lettres dans Philémon de Fred, me fait penser un peu des clips vidéo comme celui de "Heffalumps and Woozles" de Winnie the Pooh. Ici, personne ne marche sur des lettres, mais on utilise des lettres sur des boîtes {1:32} d'où viennent des personnages, et on mélange les tailles, comme à 2:33 où Pooh devient soudain très petit par rapport aux autres, bien qu'il ait été plus grand auparavant.




Évidemment, la BD peut être muette ou bien pleine de texte qui explique beaucoup
plus que les images, comme dans La bête est morte !, où raconter le récit est beaucoup plus important que le dessiner.

* Ici, il faut que je m'excuse, parce que j'ai fait du travail sur le mauvais chapitre. Si ça vous intéresserait, continuez à lire à partir d'ici; sinon, vous pouvez sauter jusqu'à "Que se passe-t-il entre les cases?" *

Muette ou sonore?

Comme j'ai dit, il y a des BDs plus ou moins muettes qui n'ont pas besoin de texte
pour raconter une histoire, comme Professeur Nimbus de Daix; ici, même les journaux n'ont pas de mots {mais c'est intéressant que le panneau du taxi a un mot pour montrer quelle sorte de voiture il est}.

Et il existe aussi la BD où les images et le texte fonctionnent ensemble {ce qui arrive la plupart des temps}.

Je trouve que c'est comme ça avec le film, où on peut avoir une séquence sans dialogue ni musique {ce clip que j'ai trouvé n'est pas très sophistiqué, mais il illustre ce dont je parle}.



On a parlé aussi du dialogue montré d'une façon pour qu'on comprenne mieux le personnage, comme dans Huckleberry Finn, où Twain a écrit le dialogue de Jim dans un dialecte.

J'ai trouvé aussi cette planche d'une BD basée sur le roman {ci-dessus}.

Que se passe-t-il entre les cases?

L'ellipse de temps qui existe entre les cases peut-être indéfinie, comme dans beaucoup de planches de La bête est morte ! où l'on voit les scènes des « bons vieux temps » ou la guerre par exemple, mais le rapport temporel entre elles n'est pas clair; quelques unes peuvent être à la fois, le prochain jour, ou bien longtemps après.

Il y aussi, bien sûr les ellipses plus évidemment de quelques seconds {ou peut-être moins},


et des ellipses plus longues.
du Black Freighter, la BD-dans-une-BD de Watchmen


Voici un exemplaire d'un film de Brian de Palma, "Soeurs de Sang", avec le style split screen, ce qui nous parle encore du rapport entre les cases. Tout se passe à la fois.







Comment s'organisent les cases dans la planche?

Je pense que, effectivement, j'en ai parlé un peu dans ce message, mais j'ajoute que l'organisation est choisie selon les besoins de l'auteur. Dans les BDs traditionnellement franco-belge, il y a d'habitude entre deux et cinq cases, environ, dans chaque strip, et quelques strips sur chaque planche. On peut aussi jouer avec cette organisation, ce qui est fait souvent dans les romans graphiques {oui, je m'intéresse surtout aux films et aux romans graphiques Sandman et Watchmen, c'est évident}.Ici, le marchand de sable monte au ciel dans la plupart de la planche, mais en dessous il y a une case plus petite avec la réaction de ceux qui l'ont vu avant cette ascension.

Existe-t-il un hors-champ dans la bande dessinée?

D'habitude. Ce n'est pas évident, pourtant, quand les cases ne sont pas séparées.

Le hors-champ, s'il y en a évidemment, peut être manipulé de plusieurs manières; en voici une, puis je vous laisse.Ici, le personnage de Rorschach décrit ses origines, existant hors-champ comme un dessinateur qui parle de son storyboard. On comprend qu'il est là, réfléchissant, bien qu'on ne le voie pas; ce qui aide avec cette compréhension, dans ce cas, est la différence des formes de bulles - les bulles qui viennent du hors-champ sont carrées, et les autres assez rondes.


Introduction à la sémiologie de la BD cartonnée

Recopié au propre

Les changements d'une séquence de Loisel et Tripp nous introduit à la sémiologie. C'est intéressant de voir l'évolution de l'histoire et des symboles employés par les auteurs en lisant la BD; c'est comme si on regardait les story-boards pour un film et le film en même temps ou juste après.




Laissez venir à lui...

Supermurgeman, basé un peu sur Le Journal de la Jungle, est devenu de plus en plus trash; même la comparaison des deux couvertures ici nous montre cela, mais j'aime bien l'utilisation du style brechtien qui théâtralise avec la légende "les fruits grognent".

Trait grave

Voici les deux sourires différents mentionnés dan cet extrait. D'abord, nous avons le sourire idiot...

et puis, le sourire de résignation, où on serre les dents.

L'image de Le peuple des endormis qui est présentée ici est beaucoup plus grave que les autres BDs qu'on vient de voir, comme les romans graphiques par rapport aux autres formes de BD.




vs.

Mon truc en peluche

Cette case vient des auteurs de La Bulle de Bertold, Agrimbau et Ipolitti.

Quand on a mentionné Francis Bacon, j'ai pensé du philosophe; évidemment, c'est pas lui, mais celui-ci.

L'un de ses tableaux, Figure with Meat, m'a fait pensé des couvertures du roman graphique Sandman, et leur mélange de couleurs dans chaque figure dans l'image.



Matière première

L'ambiguïté des trois cases ici me rappelle des images de figures que l'on peut interpréter de deux manières.



Et aussi, le style de « negative space »; ici, il y a aussi deux images possibles.


mardi 7 octobre 2008

Winschluss et Cizo, Monsieur Ferraille

Je commence ma lecture de Monsieur Ferraille, curieuse et un peu effrayée. Il ressemble au "Tin Man" dans le film "Le Magicien d'Oz", et les petits animaux de la forêt, des symboles de l'innocence, le regardent avec l'air un peu nerveux. Sur la deuxième planche, il y a une statue de Mr Ferraille qui chevauche un humain, ce qui me fait penser des romans et des films dystopiens, dans lesquels les robots contrôlent le monde. Mais il y a aussi les oiseaux qui perchent sur cette statue, qui indique peut-être un sentiment de naturalisme, un style employé dans des romans naturalistes {dans le style américain et non le style français}, qui ont essayé de montrer le monde comme il est et aussi de dire que la nature existera toujours, même si les humains disparaissent.

Mais bien, à la lecture!

"Vamos à la playa" - Allons à la plage, très bien. Le trait est très simple, presque primitif dans un sens; ça a l'air plus d'un esquisse que quelque chose de complet. Les couleurs sont très claires, et les auteurs utilisent aussi des points Benday partout qui colorent, par exemple, le ciel et le sable à la plage. Il y a aussi des moments où on imite peut-être Picasso, où les éléments d'un visage ne sont pas tout à fait corrects {comme sur la première planche avec les femmes sur la plage}.

L'histoire est une sorte de conte du vilain petit canard à l'envers; Bob boit l'elixir magique et change d'un garçon sympathique {nous supposons} à un mec grossier.

La deuxième planche est même plus effrayante; il y a deux "professeurs" avec des noms et des accents allemands, le premier duquel ressemble beaucoup à Adolf Hitler. Génial! Les couleurs sont même plus primitives - un jaune fadasse, un rose très clair, le noir, et un peu de rouge. Bien que l'organisation des cases soit assez traditionnelle, on utilise quelquefois des prises de vues étranges, comme dans la troisième avant-dernière case sur cette planche, dans laquelle tout penche à droite. Dans la prochaine case, le sens de l'inachevé retourne, comme les blouses blanches des professeurs ne sont pas complètement représentées.

On ajoute aussi des petits éléments vulgaires dont on ne s'apercevait peut-être pas si on ne lisait pas de très près. Dans l'avant-dernière case, nous voyons un fœtus et deux yeux dans des pots, et le poulet aux mains du professeur-Hitler crotte sur la table.

Une bonne case toute en rouge, avec le sourire sadique du professeur-Hitler qui tue le poulet. La case d'en bas ajoute au sentiment de l'inachevé, parce qu'on y voit des taches d'encre à l'arrière-plan. Après cela, une scène charmante avec des soldats sans tête, des avions qui laissent tomber des bombes, et la vue aussi des professeurs qui rient. Est-ce que moi, ou est-ce que les lignes des bottes des soldats rappellent aux swastikas?

Quand il est mort, tout ce qui concerne ce premier professeur est en blanc et noir, comme si la vie lui donnait la couleur.

J'aime bien la prise de vue de l'autre professeur qui conduit sur la planche 8, et le minimalisme avec lequel on représente la voiture - il y a des carrés noirs qui nous rappellent des fenêtres.

L'humour, bien sûr, est noir, noir, NOIR. Et l'ironie le souligne, comme dans la case sur la planche 9 où le professeur vivant lit le journal qui dit "Un poulet sans tête en ville", pendant que sa femme-sans-tête fait le ménage. Je me demande si l'ampoule au-dessus de sa tête {"sa" n'est pas ambiguë dans ce cas, parce qu'il n'y a qu'un personnage qui en a} au moment où il est frappé par l'idée de baiser sa femme-sans-tête était mis là exprès. Et le sperme qui sort du cou de la femme. Bravo.

Il rêve d'une scie, tout comme le Bob de la première petite histoire. Coïncidence?

Il est en blanc et noir devant la télé après qu'elle l'a quitté. Elle était sa vie...ou mon interprétation ne marche pas {plus probable}.

C'est intéressant que la grand-mère de Bob ne dit rien en ce qui concerne la bestialité qu'il commit.

Ah, quelle parodie de Pinocchio, la naissance de Monsieur Ferraille {avec un créateur espagnole qui est ivrogne, et un cafard - au lieu du grillon - qui fume et dit "merde"}. Mais M. Gonzalez rêve aussi d'une scie qui coupe une bouteille. On imite la Fée Bleue de Walt Disney, mais ses traits deviennent grotesque lorsque Monsieur Ferraille montre son vrai caractère. Ici, il est le seul personnage sur lequel on emploie la ligne claire, pour montrer peut-être qu'il est fait en métal. Cette histoire a un peu plus de couleur que les autres, comme c'est une sorte de conte de fées, mais c'est évidemment aussi dégueulasse que les autres...Betty Boop, un vieux symbole de sexe des dessins animés, devient ici une vraie putain; encore une imitation qui est corrompue. Et, à la fin, c'est une publicité pour Monsieur Ferraille, qui tue les consciences...à un prix.

Chaque personnage qui joue tout un chacun s'appelle Bob.

Sur la planche 17, le trait imite les comics américains, avec les bulles jaunes et dentelées, les points Benday, les légendes partout {et en anglais} et ceux en jaune qui décrivent la scène, l'air relativement complet, et l'histoire de Monsieur Ferraille qui travaille pour un journal comme...

Superman!


Et voilà aussi Velma, de Scooby Doo...qui s'appelle Marguerite Duras comme l'écrivain et scénariste de "Hiroshima, Mon Amour".

J'aime la partie de cette histoire qui ressemble à un panneau d'avertissement {sur la planche 19 avec l'incendie}.

En ce qui concerne l'autoréférentialité, l'histoire de Monsieur Ferraille et ses créateurs est évidemment ça...avec les noms Waltshluss et Gonzo, par exemple. Ils font des références aux planches d'avant, comme l'idée de Monsieur Ferraille comme Superman, ou le nom de Helmut {le professeur de la première histoire, qui dit "Je vais être le maître du monde...une deuxième fois!}. Ils mélangent encore des allusions aux comics américains {Superman avec la couverture et le vaisseau, Batman avec le meurtre de ses parents et l'héritage, les annonces à la fin de chaque numéro de la série}. De plus, l'action commence dans les années 1930, "l'âge d'or" des comics américains {selon certains gens}. Ils analysent même leur propre série {e.g. l'apparence de Bob pendant la Deuxième Guerre Mondiale}, comme nous avons fait avec les exposés sur des vielles BDs. Et, comme Joann Sfar, ils envoient Monsieur Ferraille au festival de BD à Angoulême, où on voit Batman, Robin, Astérix, Donald Duck, les Schtroumpfs, et quelques autres.

Les créateurs changent de style souvent, pour ne pas s'associer avec un style particulier, et ils choisissent le style qui convient ce qu'ils imitent {par exemple, des comics américains, ou la ligne claire dans les publicités}.

Et voici, à la fin, le résultat du présence de Monsieur Ferraille dans la forêt des petits animaux mignons...tout est détruit. Une conclusion parfaite.

Calvo, La Bête est morte!

Bien qu'on en ait déjà parlé en classe, j'ai écrit quelques réflexions en la lisant, que je vais reproduire ici...

Dans les premières planches, le vieil écureuil parle du "bon vieux temps", un métaphore pour le temps avant la guerre. Tout est très idéalisé et, comme on a dit, le dessin ressemble beaucoup aux vieux dessins animés de Disney, comme les "Silly Symphony". Le récit d'autrefois indique plusieurs libertés qu'avaient les Français et que leur ont privé l'Occupation, par exemple le droit de parler et de penser librement; Calvo écrit que "il faut toujours que quelqu'un expose des idées qui ne sont pas celles des autres". Il fait allusion aussi aux pénuries comme le manque de nourriture avec la case qui décrit comment les pauvres pouvaient se nourrir à bon marché. Ce conte nostalgique de la vie avant la guerre rappelle ce temps-là de même qu'il fait un grand contraste avec ce qui vient sur les planches suivantes.

J'ai trouvé les analogies aux vrais faits de la guerre vraiment transparentes; évidemment, Calvo n'a pas essayé de cacher ses opinions sur la guerre en obscurcissant les homologues des personnages, par exemple. Les loups portaient des uniformes bien similaires à ceux des Nazi, et enfin l'homologue de Hitler porte un brassard avec le swastika. L'écureuil qui parle dit même qu'il n'est "pas même né en Barbarie", car Hitler était autrichien. Les identités des autres groupes et personnages sont aussi claires; le "complice gros" qui suivait le Grand Loup {Hitler} était Göring qui était un militaire bien connu et le commandant de la Luftwaffe, et le "putois bavard" représentait Goebbels, bien sûr. Même la ligne Maginot est mentionnée, sous le nom "Livarot", et le pays "la Barbarie" est au-delà d'une forêt noire, qui doit forcément être...bien, la Forêt Noire. Il y a plusieurs autres parallèles, mais je ne vais pas essayer de vous ennuyer. La dernière chose que je mentionnerai à ce sujet, c'est le Grand Ours - non seulement est-il un ours polaire pour représenter le chef d'un pays au nord; le mot "ours" ressemble au mot créé si on prononce les lettres U-R-S-S comme un mot, ce que j'ai trouvé marrant. Évidemment je me montre encore une geek, mais je me spécialise en linguistique, donc vous ne pouvez pas m'en vouloir.

Le trait de Calvo n'est pas trop compliqué, mais il met beaucoup de détails dans chaque case. Par exemple, sur la planche six il montre non seulement les scènes, comme le putois bavard qui parle ou les enfants qui écoutent l'histoire; on voit aussi les rideaux au-delà du putois qui sont rapiécés, et un tas de disques à côté de lui, de même que la fronde dans le poche d'un des petits écureuils et le pot de tabac sur la table. Calvo utilise aussi une sorte de perspective, par exemple sur la planche 8, où un loup chasse les petits animaux du bois avec un grand char de combat; les lapins les plus proches sont plus large, et le char penche sur la colline qu'il est en train de monter.


Le manque de bulles donne à cette BD l'air d'être un conte pour les enfants, surtout en combinaison avec les images mignonnes des premières planches. Les planches après celles-ci, par contraste, montre des scènes perturbantes de la guerre et la mort, comme celle de torture ou celle d'exécution. Je trouve aussi que les planches qui montrent les batailles en grandes sont vraiment artistique, au niveau des prises de vue des films qui traitent la guerre.


La planche numéro dix en particulier m'a frappée comme une image artistique de la guerre.

L'attaque des loups ressemble un peu, à mon avis, à une vague qui frappe qui se brise sur la terre. Peut-être comme celle de Hokusai?



C'est cette image dont j'ai pensé d'abord, mais on peut imaginer aussi que Calvo imitait une vague normale:

dimanche 5 octobre 2008

Séries extraites du Téméraire

« Vers les mondes inconnus »

1
Comme on a dit à propos cette série, c'est très difficile de la lire, grâce à la censure. D'après ce que j'ai compris, la première planche nous donne un contexte pour l'histoire que raconte la BD.

Le style du dessin est très intéressant; comme c'est une BD publiée avant la popularité des bulles, les cases sont légendées avec les mots du scénario. Les images sont pleines de détails, et les personnages ressemblent beaucoup plus aux vrais humaines que, par exemple, ceux de Hergé ou de Frederik Peeters.

Les cases ici, sans les mots, ne semblent pas tout à fait liées, parce qu'ils prennent des points de vus vraiment différents, et chacune montre une scène différente. Il y aussi la juxtaposition du monde futuriste dans la première case avec les hommes chevauchant sur des chameaux et les costumes d'une autre époque.


2

Sur cette planche, il n'y a pas de bulles comme celles avec lesquelles nous sommes familiers, mais les personnages parlent dans les cases, par contraste avec la planche dernière. La dialogue interrompt le décor; par exemple, le mur est en gris, mais il y a une espace blanche dans laquelle sont écrits les mots. Il reste aussi parfois des légendes qui décrit l'action de chaque case.

De plus, l'organisation des cases n'est pas aussi traditionnelle; il y en a deux de chaque côté, et trois au milieu, ce qui confond un peu le lecteur qui ne peut pas lire les mots {comme moi}.

Les personnages sont idéalisés; la femme est forte mais féminine, et son costume ne laisse pas beaucoup à imaginer {mais ce n'est pas aussi décolleté, bien sûr, que ceux des nanas Animes ;) }. L'homme principale est musclé et audacieux. Au sujet du roi ennemi qui, à mon avis, ressemble à un singe, il pourrait représenter l'opinion du créateur du peuple d'un autre pays, par exemple, dépendant de l'endroit où se déroule l'action.

3

Voici encore nos amis le roi-singe et le héros et la héroïne idéalisés. Le costume de la femme a gagné des grands morceaux au-dessus de ses épaules, et une sorte de casquette; maintenant elle a l'air d'une héroïne au lieu d'avoir l'air d'une femme à peine habillée qui combat aussi le crime.

L'organisation des cases est assez traditionnelle, mais le décor là-dedans me semble plus important; tout se déroule dans un marais, et le but de la première case toute entière est de montrer cela. Encore, il y a une combinaison de légendes et de bulles.

En examinant en plus le visage du roi, je suis sûre que cette représentation s'agit de l'antisémitisme; son grand nez exagéré et l'étoile sur sa couronne constituent une divulgation...et, après un peu de recherche - voilà! Mes suspicions sont confirmés.

« Docteur Fulminate et le professeur Vorax »

D'abord, je veux bien examiner le titre; les noms des personnages sont d'habitude très révélateurs. Fulminate - quelque chose qui détone, et vorax {du latin}, qui vient du verbe « vorare » {dévorer}. Intéressant...

Bien que l'organisation des cases soit très nette, les deux premières cases montrent le même scène de deux côtés; c'est-à-dire que la scène dans la deuxième case est continuée de celle de la première. On voit une paillasse toute entière; il y a des équipements et de la vapeur qui se connectent entre les deux cases, pour montrer que c'est une continuation.

Le docteur Fulminate, le héros, a l'air d'un vieil homme respectable, avec sa longue barbe blanche {qui symbolise l'âge et l'expérience} et son chapeau haut-de-forme {qui symbolise le prestige}. L'autre personnage, le professeur Vorax, a le nez caractéristique d'un Juif de la propagande Nazi. Et, enfin, voici un peu d'analyse plus officielle que la mienne.

samedi 4 octobre 2008

Pomier, ch. 11 à 13 et 18

Où et quand est née la bande dessinée?

Mentionnée comme la première BD aux États-Unis {et l'origine des comics américains} est « Yellow Kid », qui est apparue en 1894.
Comme cette image suggère, les sentiments du personnage, qu'on utilisait pour susciter des produits, étaient exprimés par les mots sur son vêtement; ce style a précédé l'usage des bulles. Le style du dessin me rappelle des vielles bandes dessinées politiques,

dans lesquelles on utilisait des couleurs faibles {par contraste avec les couleurs vives} et qui semblaient être dessinées non pour montrer le monde comme il est, mais pour envoyer un message; les personnages et les objets sont donc parfois exagérés.

Malheureusement, on cite plusieurs artistes comme des originateurs de la BD, comme William Hogarth, dans les années 1700

Gustave Doré, au milieu du XIX siècle

{Voici une image qui dit beaucoup sans un mot, comme le style préféré de Frederik Peeters...mais peut-être un peu plus macabre...}

et Félix Nadar, qui publiait des portraits en même temps que travaillait Doré.


Alors, la conclusion et le but les plus importants ici, c'est que l'origine de la BD est très difficile à trouver...comme les origines d'autres formes d'art.


Pomier fait mention aussi de deux camps de BD, le premier qui suit Töppfer,

comme le critique Thierry Groensteen et le scénariste Benoît Peeters.

Le deuxième camp croit que « Yellow Kid » a été le premier des comics américains et inclut des spécialistes américains, mais aussi ceux qui sont plus respectés et qui voient la BD comme un art, par exemple Pierre Fresnault-Deruelle.

Existe-t-il un âge d'or de la bande dessinée?

Selon Harry Morgan, ce qu'on défine comme âge d'or de la BD est arbitraire. Je pense que, quand même, la culture américaine suit cette définition, avec la nostalgie des comics populaires dans les années 1930 et 1940, surtout comme divertissement d'évasion à cause de la guerre. Par exemple, le roman The Amazing Adventures of Kavalier & Clay s'agit de deux cousins qui créent ensemble des comics, leur vie bousculée avec l'essor et la chute de cette entreprise aux États-Unis à cette époque.

Pomier dit en plus que certaines BDs, peut-être ignorées ou inconnues quand elles étaient publiées, sont retrouvées et popularisées, comme Futuropolis, ce qui donne l'impression qu'elles sont des « classiques »ou viennent d'un âge d'or.

Il fait mention de quelques films-cultes, comme Freaks {ou Plan Nine from Outer Space}, qui sont devenus populaires de la même manière, plusieurs années après être sortis. Existe-t-il des BDs-cultes? Pomier cite Les deux du balcon

et Le Concombre masqué, parmi des autres. Aux États-Unis, ce qui aiment les romans graphiques ou le manga sont considérés un peu comme ceux qui aiment les films-cultes, une sorte de sous-groupe qui devient, ironiquement, de plus en plus nombreux.


L'album cartonné est-il le support d'élection de la bande dessinée?

Les victimes de la « pré-publication », ce qui est impliquée comme une forme qui n'est pas tout à fait légitime, incluent Akim et Blek le Roc, qui sont populaires entre les petits formats mais pas au niveau de Tintin, par exemple. Je trouve que leur style de dessin est similaire, de même que leur personnage principal, l'homme fort qui ressemble beaucoup à Rambo

et à He-Man.




Pomier affirme que, en fin de compte, les auteurs doivent choisir leurs propre formats afin de créer leurs œuvres comme ils les imaginent. Il existe plusieurs exemples de formats, comme les « Romans à suivre » de Casterman, 676 apparitions de Killofer, et From Hell de Alan Moore et Eddie Campbell.


Quelques formats expérimentales...
Le style de BD minimaliste « Patte de mouche » essaie d'éviter les récits perdus dans des dessins trop compliqués.
Le strip chronologiquement ambiguë de Lewis Trondheim:

Comment le lire? Il y en a des tas de façons...


Existe-t-il une « nouvelle bande dessinée »?

Une sorte de BD autobiographique existe; à cause de sa popularité relativement récente, avec Persepolis, par exemple, certaines personnes pensent que c'est nouvelle. Mais cette idée avait déjà été explorée, avec American Splendor de Harvey Pekar. Il y a aussi des BDs avec des personnages qui imitent ou qui à quelque chose à voir avec la vie de leurs créateurs, comme Pauvre Lampil de Willy Lambil, et Tintin au Tibet de Hergé {et comme j'ai discuté pendant mon exposé, Hergé aimait situer les albums de Tintin dans des pays où il était allé lui-même}.

Les bédéastes ont aussi découverts les hommages aux autres auteurs, comme Alberto Breccia à H.P. Lovecraft:Planche des Mythes de Cthulu de Breccia, basé sur une nouvelle de Lovecraft

On peut écrire aussi des biographies d'autres, comme Pascin de Joann Sfar
ou des hommages aux influences, comme Trondheim avec son monde d'animaux à Carl Barks. Je trouve que les dessins de Trondheim ne ressemblent pas beaucoup à ceux de Barks, mais c'est Trondheim lui-même qui l'a cité comme influence.

Un autoportrait de Trondheim


Groensteen, pp. 4-15 et 32-33

Les origines

D'où vient la BD? Comme nous avons dit, les origines ne sont pas évidents, comme avec les autres arts. On cite quand même plusieurs sources possibles... La colonne Trajane les manuscrits enluminés et Töppfer, qui a inventé l'album {voir le prochain message, sur Pomier}. Cet auteur a dit que, dans ses œuvres, le texte et le dessin ont un rapport tel que l'œuvre ne ressemble davantage à un roman qu'aux autres arts. Cette citation contraste avec l'idée des « romans graphiques », dont le nom suggère qu'ils sont des romans mêmes. MSN nous donne multiples définitions pour le mot « roman », l'un d'entre eux disant « histoire qui par sa complexité et ses péripéties fait penser à un roman »; comme ça, nous pourrions accepter une BD comme un roman, sauf que la définition inclue le mot « roman » lui-même, ce qui m'a toujours fait penser qu'elle n'est pas valable. Linguistiquement, l'existence du mot « album » pour une collection de BD signifie que le nom « roman » ne marche pas très bien comme dénotation pour la BD.

Les histoires en images


L'imagerie populaire commence avec les images d'Épinal de Pellerin à la fin du XVIIIe siècle. Cette expression, aujourd'hui, a une connotation avec la représentation naïve du bon et le recel du mal, comme les affiches nostalgiques des É.U.En voici un avec une femme qui souhaite qu'elle était un homme, pour qu'elle puisse travailler avec les marins. L'idée de la guerre et le combat est totalement ignorée ici, et la femme est jolie et séduisante, habillée en une costume de marin. Quelques-uns qui ont suivi le style de Töppfer sont mentionnés dans le message sur Pomier... Entre 1880 et 1914, des journaux satiriques comme Le Chat Noir ont commencé d'être publiés. Celui-ci imitait le style de l'école allemande, comme l'œuvre de Wilhelm Busch. C'était aussi un des premiers styles de BD pour les adultes, un changement un peu comme celui des années 1990 avec, par exemple, Marjane Satrapi.

Hergé


La contribution la plus importante de Hergé est son style, la « ligne claire », suivi par plusieurs autres après lui, comme... Floc'h, avec Jamais Deux sans Trois et Olivier Marin, avec Michelle, par exemple.

Les générations d'illustrés

Une petite séquence de l'évolution des illustrations... Bécassine, de Joseph Pinchon, qui ressemble au style « ligne claire » Le Journal de Mickey par Paul Winkler, qui a popularisé les personnages et le style de Disney en France Pendant la guerre sont publiés les BDs fascistes, comme Le Téméraire, et après, les BDs contre-guerre comme La bête est morte! Dans les années 50 et 60, les BDs les plus populaires étaient celles comme Tintin, Spirou et Fantasio, et Blake et Mortimer, qu'on a discutées en classe. D'après ce que je comprends, toutes ces BDs, de Bécassine jusqu'à Blake et Mortimer, utilisaient, d'une manière ou d'une autre, le style ligne claire. Par rapport aux autres arts de la même époque, ce style est assez bizarre {ou bien, les mouvements artistiques du 20e siècle étaient bizarres et le style de BD ne l'était pas}. L'impressionisme,Le cubisme, et L'expressionisme abstrait ne sont que quelques-uns des styles d'art et de peinture de cette époche, qui ne ressemble pas au style des BDs.

Les années Pilote


René Goscinny publiait dans les années 1960 l'hebdomadaire Pilote, dans lequel il avaient rassemblé Lucky Luke, Iznogoud, et Astérix, donc Pilote a commencé assez traditionnellement. Plus tard, il a commencé de publier des BDs plus innovatrices, comme le Lieutenant Blueberry, et les œuvres de Bretécher, Bilal, et Régis Franc, parmi d'autres. Ce qui était intéressant au sujet de Pilote est le fait qu'il a « grandi » avec son public. Par exemple, bien que Tintin a été publié pendant plus de 50 ans, il n'a jamais paru plus âgé que dans le premier album en 1929. Dans Pilote, il a commencé d'apparaître les Grandes Gueules où l'on se moquait des vedettes et Le Sergent Laterreur, qui manifestait les opinions contre la guerre de ses créateurs.

La presse adulte

Malheureusement, j'avais écrit sur ce sujet-là et sur les romans graphiques, mais ce que j'ai écrit a disparu, mais je vais réécrire l'essentiel.

Charlie, L'Écho des savanes, et Métal Hurlant étaient des journaux pour la BD adulte; en regardant les couvertures de L'Écho, je pense aux couvertures du magazine Cosmopolitan, qui donne des conseils aux femmes au sujet du sexe.
Enfin, il y avait Fluide Glacial, créé par Gotlib de L'Écho:
Elle montre que les sujets de BD adulte n'étaient pas seulement sexuels; on se moquait, par exemple, de l'église, en faisant allusion aux BDs d'Astérix {ici, il faut savoir qu'Obélix est tombé dans la potion magique, qui avait donc des effets permanents sur lui, quand il était petit; sinon, on ne comprend pas suffisamment la blague}.

Romans graphiques

L'œuvre de Hugo Pratt a été la première de plus de cent planches; ensuite, Casterman a publié les romans à suivre qui contenaient des récits plus longs. Ce style a continué d'être popularisé par Maus {qui traite le Holocauste}, From Hell {qui traite Jack l'éventreur}, et Blankets {le mémoire de 600 pages de Craig Thompson}.

D'après mon expérience, les romans graphiques traitent des sujets plus sérieux que ceux des comics ou des BDs traditionnelles, par exemple un mémoire ou la fin du monde, comme dans Watchmen. Comme vous en avez sûrement entendu, je vous laisse avec l'annonce pour le film qui vient l'année prochaine...